Çà y est nous sommes en mars, samedi 1er, et demain est un grand jour pour moi ; mon premier ultra trail à Volvic, le
« Trail de Vulcain », 55km et 2600m de dénivelée.
Ces derniers jours j’ai l’impression d’avoir les jambes lourdes au retour des petits trottinages de la dernière semaine, est-ce que j’en
ai pas fait un peu trop ? Est-ce que j’ai pris les bonnes options d’entrainement ? J’espère ne pas m’être planté, de toute façon fallait bouffer des heures de course à pied, et
çà ; je l’ai fait ! 3 mois d’entrainement, 700 km, malgré 1 semaine d’arrêt due à une grippe il y a à peine trois semaines (manque 70 bornes d’entrainement au compteur)…
Inquiétude sur la météo : il y a une semaine on nous annonce une belle fin de semaine (çà c’est pour faire marcher le commerce et
expédier un max de gens en vacances…) et à mesure que les jours s’égrainent, on nous promet de moins en moins de soleil, … pourvu qu’il se lève au moins !
C’est vrai que j’aimerais bien qu’il fasse beau au moment où j’atteindrai le sommet du Puy de Dôme. La vue sur la chaine des Puys et le
massif du Sancy doit y être fabuleuse. Et voir la ligne d’arrivée alors que tu en es encore à plus de 24 km, je trouve çà cool (parce que çà descend plus après bien sûr !).
Bon les heures du samedi matin passent tranquillement, faudrait que je m’affole un petit peu : préparation du sac, cuire le gâteau
énergie (en catastrophe, je l’avais oublié) charger la voiture, déjeuner à 12 heures précise, je récupère Dédé (« le beauf’ », un passionné de course à pied, à qui je dois ma première
inscription à un marathon, dont je ne vais pas vous parler mais plutôt vous donner le lien vers son blog, comme çà vous vous ferrez une idée du personnage par vous-même : http://ultracourse.over-blog.com/ , et avec lequel je vais encore me retrouver à Chamonix fin aout pour l’UTMB) à la gare et direction Volvic pour trouver notre ébergement pour la
nuit (en chambres d’hôtes), récupérer les dossards, et, histoire de se mettre un peu dans l’ambiance, la pasta-partie.
Si l’accueil dans notre gite était superbe (3 épis), la pasta-partie était quant à elle assez décevante ; pâtes froides, chapiteau
à peine chauffé (nous avons dû casser la croute en gardant notre veste !), ni musique ou animation, dommage. Le vent est très fort par rafales depuis que nous sommes arrivé en auvergne,
comment va-ce tourner demain ?
Malgré la qualité de notre gite, était-ce dû au stress ?, nous avons passer l’un et l’autre une nuit agitée et dont les ronflements
de l’un répondaient aux ronflements de l’autre…
6h30 ! debout ! un excellent et copieux petit déjeuner préparé par notre hôte : Patricia, une anglaise que plus bavarde
tu trouvera pas ! un brin de toilette et préparation des sacs à dos, « tu t’habille comment au départ ? manches longues ou non ? coupe vent ? cuissard ou collant ?
maillot et socquettes de rechange ? guêtres ou non ? bâtons ? gants ? » long débat… finalement nous prenons les mêmes options : tee-shirt à manche longue, coupe vent
(que je mets sur moi pour le départ mais que Dédé choisira de laisser dans son sac) et cuissard, il semble faire beau, nous n’emmenons pas les guêtres mais les bâtons seront du voyage afin
d’apprendre à les utiliser en vue de l’UTMB au mois d’août.
7h45 !!! Grouillons, c’est l’heure de rentrer dans le parc coureur et nous sommes encore au gite, nous avons 15 minutes de voiture
pour être sur place, nous prenons donc congé de nos hébergeurs aussi vite qu’il est possible… et direction le centre sportif de Volvic où nous
arrivons peu après 8h00, il nous reste quelques minutes pour rejoindre le parc, il fait très beau, frais (à peine positif), y a plus un pét’ de vent… et çà va tenir toute la journée !
L’ambiance est décontractée, nous saluons les personnes croisées la veille à la pasta. Nous ouvrons nos sacs pour l’accès au départ,
l’organisation vérifie que le matériel obligatoire y est bien présent ; le sifflet, la couverture de survie et la poche à eau remplie. Le speaker donne les consignes de course (que personne
n’entend comme d’hab’).
Je jette un coup d’œil à ma montre, 8h29mn15s, le soleil irradie la foule et toute la Chaine des Puys de ses rayons, et c’est le coup de
trompe qui libère le peloton tout d’abord dans la ville de Volvic que nous allons entièrement traverser de son point le plus bas jusque sur les pentes du Puy de la Nugère en passant par la source
de l’eau du même nom (que la ville).
C’est donc parti pour une côte de presque 7km et 600m de dénivelée positive. 1,5 km dans la ville puis des chemin assez large en pente
régulière où un de nos voisins cavale en chantant, ce dont je le félicite et lui suggère de garder son souffle. Le bonhomme joviale me répond qu’il n’est pas là pour la perf’ mais pour passer un
bon moment avec des copains, nous adhérons tous à cette philosophie (faut quand même pouvoir monter en poussant la chansonnette !). Cà donne le ton de la journée…
Les dernières rampes de la Nugère ne sont pas très faciles, plus personne ne cours dans le peloton, il est déjà dur de monter le sous
bois couvert d’une très épaisse couche de feuilles mortes et la pente très raide. Côté difficultés, le ton est donné aussi. Je perds André dans la descente, il n’est qu’à 50m et me rejoindra dans
le début de la montée suivante. Nous commençons à marcher un peu plus souvent et réservons la course aux zones plates (y en à pas beaucoup !) et aux descentes.
Çà va encore monter d’un ton avec le Puy de Louchadière qu’on ne peut contourner, l’organisation a placé un poste de contrôle au sommet.
Nous y arriveront par une sente étroite entre les arbres mais si relevée que, pour nous aider, nous sortons les bâtons. En montant, une nana me parait toute énervée à côté de nous, je lui demande
si je peu l’aider, elle me répond avec un accent anglais qu’elle n’arrive pas à atteindre la nourriture dans son sac à dos, j’ouvre donc son sac et lui donne ce dont elle à besoin. Faut dire qu’à
moins d’être contorsionniste il est quand même pas simple d’attraper quoi que ce soit dans un sac à dos sans le déposer… à sa décharge, elle est blonde… ! Pointage à 1200m d’altitude et
Thierry va pouvoir s’amuser un peu, v’là la descente, sans doute la plus difficile du circuit, çà se négocie en allant d’un arbre à un autre, il n’y a pratiquement pas d’accroche au sol, la pente
est énorme. Je me dis qu’on a de la chance le terrain est sec, je n’imagine même pas ce que çà peut donner sur terrain gras ou couvert de neige comme çà arrive parfois, sinon que de prendre
l’option descente de toboggan.
Arrivé sur le plateau, Dédé ne tarde pas à pointer le bout de son nez et m’annonce que ses quadriceps ont tendance à tétaniser. Nous
marchons un peu, mangeons et buvons correctement. Il me dit qu’il craint que son terrain d’entrainement niortais est sans doute bien trop plat pour habituer ses muscles à l’effort des montées et
me conseil de ne pas l’attendre pour continuer la course. Je refuse cette idée « t’es pas bien, on va ensemble jusqu’au Dôme, et on verra après, je suis mieux que toi pour l’instant, mais
quant sera-t-il dans 1 ou 2 heures ? » . La blonde a à nouveau besoin que je lui triture le sac à dos et lui attraper une barre de céréales. Sur le plateau je pars tout de même,
j’attendrai au niveau du ravitaillement du 19ème kilomètre. Avec son expérience sur 100km, 24h ou autre 200km, je sais qu’il sait se gérer, le beau-frère.
J’y arrive en 2h24 en compagnie d’un p’tit gars du coin qui me confie que certaines années il n’y a que très peu de gens qui passe cette
barrière horaire de 3 heures (si tu es en retard, c’est retour à Volvic par le petit circuit… de 32 km !). Je mange quelques morceaux de banane, refait le plein de ma poche à eau, le
prochain ravito est à 15 ou 16 km (surement il nous faut prévoir plus de 2 heures) après le passage au sommet du Puy de Dôme qui, à mesure qu’on s’en approche, nous parait de plus en plus
imposant et pourtant on va passer au sommet. Au bout de quelques minutes, Dédé arrive, prend le temps du ravitaillement et c’est reparti, doucement, çà va pas bien mieux chez mon compagnon
d’aventure. Nous marchons bien sûr pendant les montées, mais aussi sur les parties plates et parfois en descente… En déboulant sur le plateau herbeux après le passage entre les Puys des Goules et
du Grand Sarcoui et après la Fontaine du Berger, il me prend mon problème intestinal des 3 heures de course (idem marathon de Paris), mais là le gros avantage, c’est qu’on est en pleine nature,…
petite pause dans les genets avant de rejoindre Dédé quelques kilomètres plus loin.
La fille de l’organisation qui nous indique la dernière montée vers le Dôme (de plus en plus écrasant) nous chambre quelque peu, faut
dire qu’on déboule vers elle, dans la descente… en marchant ! J’en profite pour remercier tous les membres de l’ACFA, organisatrice de la course, pour leurs sourires, encouragements et
amabilité tout le long du parcours ; çà rajoute du soleil à une journée qui n’en manquait déjà pas.
Comme toutes les montées, nous avançons d’un bon pas en poussant fortement sur les bâtons. Sur le plateau au niveau du petit Dôme, le
vent nous rafraichit et nous découvrons que nous attend un monstrueux escalier en bois (nouveauté du circuit 2008) de 615 ou 620 marches (donnée qu’on m’a confié en chemin, je ne les ai pas
comptées !). L’escalier est très long mais relativement facile, nous finirons la montée par la route, je me permets de courir les 50 derniers mètres jusqu’à la table d’orientation, altitude
1465m. « P….. que la vue est belle quand tu y est monté à la propre force de tes mollets !!! » Tu peux admirer le paysage que tu viens
de traverser, … et deviner ce qui te reste à faire.
Dédé me confit qu’il a vu les étoiles par plusieurs fois dans l’escalier et que çà va pas très fort. Il est 13h45, nous nous alimentons,
buvons correctement, un petit coup de fil à nos familles pour les informés de notre position géographique et leur dire que tout va bien (…).
Nous rangeons les bâtons pour ne pas être gêné dans la descente du chemin des muletiers, nous n’en aurons pas besoin avant 5km. Nous
partons en trottinant, je me retourne après quelques hectomètres, Dédé en a déjà 1 de retard, nous nous envoyons un grand salue de la main, chacun sa descente. Nous venons de nous dire au-revoir
pour la fin du parcours.
Je descends le chemin des muletiers après le pointage et les traditionnels encouragements de l’organisation. A partir de ce moment là,
il n’y a personne qui ne m’ai doublé en course ou sur un ravito et que je n’ai repris d’ici l’arrivée et quelques autres en plus, bien sûr en descente je me suis vraiment éclaté, sur le plat je
courais à 10km/h et dans les bosses j’ai profité de mes bâtons pour marcher plus vite que les gens qui m’entouraient.
J’allai partir du ravito du 34ème km quand j’aperçois Dédé y arrivant, je prend des nouvelles du gars : « Cà a
l’air mieux. Vas-y, roules, fais toi plaisir » me lance-t-il. Je me mets donc en route, il me reste un peu plus d’un semi-marathon… en montagne !
C’est parti pour un beau festival de descentes. Je me rappelle l’une d’entre elle, très, très pentue recouverte d’une épaisse couche de
graviers de pouzzolane, en haut, avant même que je ne la vois, le gars devant moi s’écarte, « vas-y », je me lance comme me l’a appris mon vieux pote « Bébert » :
face à la pente, tout droit, on se laisse emporter en souplesse. C’est comme çà qu’on rattrape une femme qui était déjà pratiquement à la sortie de cette zone d’une centaine de mètres quand je
l’ai attaquée. Ensuite, j’ai dévalé le fossé encombré à environ 9 km/h puis sur les chemin plus large je rejoint puis lâche quelques autres coureurs à la vitesse de 11 à 14 km/h en fonction de la
pente. Je soufrais de plus en plus des pieds, des douleurs dues aux multiples petits graviers, je suis à moins de quatre kilomètres du dernier ravitaillement, je viderai mes chaussures là-bas, en
attendant « serres les dents ».
Dernier ravitaillement au niveau du marathon, 1 litre dans la gourde, quelques morceaux de banane, quelques blagues entre coureurs,
bénévoles et spectateurs et c’est reparti après le nettoyage intérieur des pompes. Cà devient difficile de courir sur le plat, çà fait mal même dans des muscles que tu savais pas avant qu’ils
existaient, mais en regardant le chrono je vois qu’il est jouable de rentrer en 7h45, et comme on dit « si tu te sors les doigts, çà peut le faire », il ne me reste théoriquement plus
que 13 km (16 en réalité…).
Sur la montée du Puy de Leyronne, un coureur, membre du club organisateur, me tuyaute sur la fin du circuit, les côtes, les descentes,
m’assure que je vais m’amusé après le sommet du Puy de Jumes, et me dit d’être très prudent au début de la dernière descente après La Nugère. Ces dernières ascensions sont pénibles pour les
cuisses, les mollets et les fessiers, heureusement elles sont plus courtes qu’en début de course.
Enfin l’ultime descente, je reste très prudent sur le premier km très piégeux avec les feuilles qui masquent tout. Les chemins sont plus
larges maintenant, je pense finir seul, mais comme auparavant, je continue de remonter et larguer quelques coureurs solitaires ou en groupe, pour le moral çà te donne un peps pas possible. Et
malgré çà, je trouve interminable cette rampe et cette traversée de la ville que nous avions pourtant fait en sens inverse le matin même.
Au final je passe la ligne d’arrivée 7 heures 57 minutes et 23 secondes après le coup de trompe avec un très gros mal aux jambes (çà
passera), pas de problème d’articulation ou tendineux (et tant mieux), des images magnifiques plein la tête (çà restera) et une excellente expérience (pour mon avenir). Dédé gagnera aussi son
pari qui était de passer en moins de 9h00 puisqu’il passera cette ligne, toujours trop loin, d’arrivée en 8h36mn19s. Il n’a plus eu de problème d’hypoglycémie après le Dôme.
Le GPS, lui, m’indique que nous avons parcouru, non pas 55km, mais 57,9km.
Nourriture, là c’est sûr j’ai sans doute dû passer juste… qui sait ? niveau boisson : 4 litres de produit énergétique,
accompagnés de : 3 tubes de « coup de fouet », 3 barres de céréales, 1 pâte de fruit, 1 morceau de gâteau énergie, quelques morceaux de banane à chaque ravitaillement (3 ravitos),
le tout en près de 8 heures de course, çà ne vaut pas un menu gastronomique au Cheval Blanc de Vouillé…
Dernier point, rien de tel qu’une course très longue pour perdre plusieurs kilos la même journée… y-a pas un régime qui peut vous
garantir çà !
Malgré tout le temps passé en course, et à part la toute fin du circuit, je ne me suis jamais ennuyé pendant ces 8 heures. Concentration
permanente, succession et variété des paysages font que le temps a défilé à très vive allure. J’ai pris un très grand plaisir à participer à cette course, çà me donne envie de nouvelles
expériences qui ne vont pas manquer cette année. J’espère prendre autant de plaisir dans un peu moins de 8 semaines aux 100 bornes de Belves, puis BIEN SUR à l’UTMB sur la CCC fin août. Pour
l’heure, c’est récupération qui s’impose à moi !
Je tiens à remercier tous les amis qui, par leurs conseils d’entrainements et leurs messages d’encouragements, m’ont poussé au-delà de mes limites dans les moments difficiles qui ont jalonné ma course. Un trail de ce calibre c’est l’équivalent d’un marathon à
la puissance 3. Bon j’arrête, je ne voudrai pas vous faire peur pour la Pastourelle, mais en terme d’effort çà vaut un marathon, ce que m’a confirmé l’organisateur que j’ai croisé à Volvic. Quant
à moi, je pourrais prévoir courir en 3h30 à 3h45, mais après le 100km, je vais plutôt planifier 4h30 et faire çà pépère, comptez pas me faire courir les bosses !
Pour finir, j’espère vous avoir fait partager ce qui pour moi fût une Grande Journée.
A bientôt pour de nouvelles expériences… fin avril peut-être ?